Jaurès : CFDT-Journalistes lance «l'appel du centenaire»

Alors que l'on célèbre le centenaire de l'assassinat de Jean-Jaurès, les 20-21 mai, le Conseil national des journalistes CFDT a décidé de proposer aux syndicats de journalistes CFTC, CFE-CGC-CGC, FO et SNJ de lancer un appel à la profession pour une mobilisation à la rentrée sur des revendications non satisfaites.

 

Deux événements récents ont motivé cette démarche : le blocage de la plupart des négociations : salariales, journalistes pigistes, reporteurs-photographes…,  et l’enterrement de première classe du projet de loi sur la protection des sources des journalistes. Or, cette mesure, qui faisait partie des engagements du candidat à la présidence de la République, avait donné lieu à une large consultation de la part de Christiane Taubira, garde des Sceaux, et de Marie-Anne Chapdelaine, députée PS de Rennes et rapporteure du projet. La CFDT-Journalistes avait rencontré tous les groupes politiques de l’Assemblée nationale et du Sénat, et tous étaient favorables à la future loi. De plus, la CFDT-Journalistes avait fourni de nombreux amendements aux parlementaires pour élargir la liberté de la presse et le libre exercice de la profession de journalistes, avec le souci d’une plus grande qualité de l’information.

La CFDT-Journalistes a donc suggéré aux autres organisations syndicales de journalistes de saisir l’opportunité des initiatives en mémoire de Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914, pour délivrer un appel à la profession.

A l’heure présente, la proposition de la CFDT-Journalistes a été acceptée par tous (sauf par les syndicats FO qui n’ont pas répondu) et le texte CFDT qui suit est en discussion pour mettre au point un appel commun.

 

APPEL DU CENTENAIRE

« Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès, journaliste, républicain, honnête et courageux, homme politique incarnant la volonté de paix et d'amitié entre les peuples, était assassiné à la terrasse du  Café du Croissant à Paris.

Cent ans après, la liberté de la presse reste fragile...  menacée par des attaques  sournoises des employeurs  de presse qui ne garantissent plus tous, une information libre, pluraliste, de qualité. Des employeurs qui compliquent le travail des  salariés des médias, particulièrement  celui des rédactions et leurs journalistes.
 
Sur fond d'évolution générale numérique, les restructurations et concentrations s'enchaînent, des plans de licenciement et des mesures d'économie d'échelle sont mis en place dans la presse écrite, audiovisuelle et numérique, les conditions de travail des salariés se dégradent, la précarité des journalistes s'accroît, les négociations, notamment salariales, sont en panne dans toutes les formes de presse, de même que celles sur les journalistes pigistes, l'avenir des reporters photographes (dont le nombre est en cruciale diminution) se bouche à mesure que prospèrent les banques d’images vides de sens, les accords sur la réduction du temps de travail sont revus à la baisse, et l'accroissement des droits des salariés, notamment des équipes rédactionnelles, ne figure dans aucun agenda. patronal.
 
A ce tableau s’ajoutent les engagements non tenus du président de la République, François Hollande, en matière de résorption de la précarité, de moyens accordés pour le pluralisme de l’information. La protection des sources des journalistes, qui avait fait l’objet d’un projet de loi sur lesquels les acteurs du terrain ont été consultés, vient d’être renvoyée sine die…
 
Cette situation menace frontalement l'emploi et les conditions de travail des personnels en général. Au-delà de la question sociale, elle menace l'exercice même du métier de journaliste dans sa déontologie et la libre information de la population en particulier. Le législateur (Émile Brachard) avait été prudent, en 1935, en liant directement le statut de journaliste à celui de salarié, pour limiter sa précarité et lui éviter d’avoir à choisir « entre le gagne-pain et le gagne-conscience ». Il faut revenir à l’esprit de cette loi.
 

Clairement, c'est la liberté de la presse et par conséquent la démocratie qui est en danger, et la responsabilité des éditeurs de médias écrits, audiovisuel ou internet, privés ou publics qui est en cause !
 
Aussi, les organisations syndicales représentant les journalistes lancent-elles un appel solennel au président de la République qui n'entend pas la voix des journalistes comme Viviani n'entendit pas la voix de Jaurés.
 
Pour que le gouvernement mette en œuvre les promesses du candidat Hollande, elles appellent les membres des rédactions, les journalistes isolés et les associations professionnelles à réagir dès la rentrée de septembre.

 

 Paris, le 31 juillet 2014.

Photo : Jean Jaurès photographié par Nadar