Récit d'un mardi de rassemblements contre l'article 24

Mardi 17 novembre, plusieurs rassemblements ont eu lieu en France contre l'article 24 de la loi Sécurité globale, à l’appel de quatre organisations syndicales de journalistes (CFDT-CGT-FO-SNJ), de la Ligue de droits de l’homme, et selon les villes de très nombreuses autres organisations (humanitaires, écologistes, libertaires, gilets jaunes…). La CFDT-Journalistes et ses militants y étaient présents.

 

C’est Paris qui a donné le signal de départ, avec la conférence de presse des organisations de journalistes CFDT-CGT-FO-SNJ et la Ligue des droits de l’homme à 16 heures. « Cette proposition de loi est inutile et dangereuse » et « l’article 24 remet en cause le droit d’informer et d’être informé », a notamment affirmé  Hakima Bounemoura,secrétaire générale adjointe de la CFDT-Journalistes. 

Ensuite près de 700 personnes ont convergé place Édouard Herriot près de l’Assemblée nationale. Le terme de loi liberticide a été employé à foison, y compris par des représentants d’organismes officiels de défense des droits de l’homme, en France, en Europe et à l’Onu.

 

700 personnes étaient rassemblées à Lyon sur les quais du Rhône à partir de 18 heures, 750 à Bordeaux… et d’autres encore à Orléans, Chalon-sur-Saône… 

 

A Bordeaux, la CFDT-Journalistes et le Club de la presse de Bordeaux-Nouvelle-Aquitaine avaient signé, comme une vingtaine d’organisations syndicales et humanitaires, l'appel à manifester lancé par l'Observatoire Girondin des Libertés Publiques. Richard Hecht, de la CFDT Journalistes, s'y est exprimé au nom de de l'intersyndicale, de la Fédération internationale des journalistes et de la Fédération européenne des journalistes,  après le président du Club de la presse de Bordeaux et du camarade Snj-Cgt. Avec la manif des Gilets jaunes (non autorisée) qui a rallié la place à la fin des discours, il y avait plus de 1000 personnes dans la rue à Bordeaux.

A Lyon, Beaucoup de jeunes dans les rues cet après-midi et ce soir, mais aussi des personnels de santé, des Gilets jaunes. Tous étaient venus manifester pour les libertés publiques en général, autour des journalistes, reporteurs photographes, journalistes-reporteurs d’images, documentaristes… Un seul motif : dénoncer la proposition de loi du groupe LREM sur la sécurité globale qui interdire de photographier ou filmer des membres des forces de l’ordre, et qui autorise les prises de vue policières par drones…

 

La mobilisation a aussi continué avec le travail de l'ombre.

- Des dizaines de militants ont envoyé ces derniers jours des courriers à leurs députés. Qu'ils soient chaleureusement remerciés

- Des rencontres en visio ont eu lieu avec des députés, notamment en Lorraine, où deux militants pigistes ont échangé avec Christophe Naegelen, député des Vosges, porte-parole du groupe UDI et Indépendants sur le texte de loi Sécurité globale, et vice-président de la commission d'enquête maintien de l'ordre. En plus des craintes pour le bon exercice du métier de journalistes en manifestations, et pour la bonne information des citoyens, ils ont mentionné le risque de mise en difficulté accrue des photojournalistes, profession déjà très précaire, mais aussi les difficultés techniques du floutage, notamment en vidéo, ce qui ferait de l’application de la loi une usine à gaz. Ils ont suggéré que, tout comme le Schéma national de maintient de l'ordre mentionne que sera proposé aux journalistes des sensibilisations au cadre juridique des manifs et des participation à des exercices des maintiens de l’ordre - ce qui est en effet très utile aux journalistes, et ce qui est déjà pratiqué notamment avec les formations assurées par ma gendarmerie pour les journalistes AFP -, pourraient être montées des sensibilisations des forces de l’ordre à la pratique des journalistes. Nous avons proposé les services de la CFDT Journalistes. Le député a retenu que c’était une bonne idée.

- Des prises de position en entreprise. A Bayard Presse, par exemple, le CSE, où l'intersyndicale CFDT-Info'com CGT est majoritaire, a adopté une "Motion contre une proposition de loi liberticide". Lire l'intégralité ci-après.

 

Par ailleurs nous poursuivons le dialogue avec les réprésentants des syndicats de policiers CFDT, ce qui nous semble capital dans notre syndicat ayant le goût du dialogue. Le SCSI CFDT, Syndicat majoritaire des Cadres de la Sécurité Intérieure a de son côté écrit aux députés afin de dire que selon eux "il est  clair que les journalistes pourront continuer leur travail dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui et qu’aucune interdiction de filmer les interventions de police n’est prévue. En tant que policiers républicains, nous sommes naturellement respectueux de la liberté de la presse. En revanche, nous souhaitons, quelle que soit in fine l’option technique ou juridique retenue, qu’il ne soit plus possible de livrer en pâture sur les réseaux sociaux l’image de nos collègues en appelant à les identifier afin d’exercer à leur rencontre des représailles". 

 

Le débat parlementaire devrait durer jusqu’au vendredi 20 novembre au moins.

 

Samedi 21 novembre, des rassemblements sont prévus à Paris (Parvis des droits de l’homme), Rennes, Montpellier, Toulouse, le Mans… 

 

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Merci aux adhérents nous ayant transmis leurs photos et à Jean-François Cullafroz, coordonateur national de la mobilisation pour la CFDT et auteur du blog http://lecumedunjour.fr/pour-la-liberte-dinformer-et-le-droit-detre-info....

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Motion contre une proposition de loi liberticide

CSE de BPSA du 17 novembre 2020

 

À partir d’aujourd’hui et jusqu’au 20 novembre, l’Assemblée nationale examinera la proposition de loi « Sécurité globale », soutenue par le gouvernement. Si une telle loi entrait en vigueur en l’état, elle constituerait une grave atteinte au droit à l’information, à la liberté d’expression, au respect de la vie privée et à la liberté de manifestation.

Affaire Benalla, décès de Cédric Chouviat, croche-pied d’un policier à une manifestante, coups de poing d’un commissaire de police contre un Gilet jaune à Toulon, affaire Geneviève Legay, à Nice… Toutes ces violences policières, signalées et documentées par les médias ou les réseaux sociaux, n’existeraient plus avec la mise en œuvre d’une telle loi par l’État français.

À l’heure actuelle, l’ensemble des syndicats de journalistes (SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, Info’Com-CGT et SGJ-FO), la Fédération internationale des journalistes, la Fédération européenne des journalistes, plus de 65 ONG de défense des droits de l’homme, ainsi que la plupart des sociétés de journalistes ou de rédacteurs de la presse d’information, le Syndicat de la magistrature, la Ligue des droits de l’homme, Reporters sans frontières, Greenpeace France, Amnesty International… appellent le Parlement à rejeter cette proposition de loi liberticide.

Dans un avis publié dès le 3 novembre 2020, la Défenseure des droits, Claire Hédon, considère que cette proposition de loi soulève des risques considérables d’atteinte à plusieurs droits fondamentaux, notamment au droit à la vie privée et à la liberté d’information. De même, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) relève, entre autres, que « le soutien apporté par le Gouvernement à la proposition de loi relative à la sécurité globale, proposée par des députés de la majorité et déposée le 20 octobre 2020 à l’Assemblée nationale, ainsi que le déclenchement d’une procédure accélérée sont emblématiques de la dégradation du débat démocratique ».

Enfin, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU affirmait, dans une lettre envoyée aux autorités françaises, le 12 novembre, que proposition de loi pour une « sécurité globale » porte « des atteintes importantes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, notamment le droit à la vie privée, le droit à la liberté d’expression et d’opinion, et le droit à la liberté d’association et de réunion pacifique » et place la France en contradiction avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention européenne des droits de l’homme…

Aussi, les élus du CSE de Bayard saluent l’éditorial de La Croix, publié aujourd’hui, et appellent tous les salariés de l’entreprise à participer au rassemblement organisé ce mardi 17 novembre, à partir de 18 heures, place Edouard-Herriot (derrière l’Assemblée nationale), à l’initiative de toutes les organisations syndicales de journalistes, ainsi que de la Ligue des droits de l’homme et d’un très grand nombre d’ONG et de collectifs.

À noter qu’un second rassemblement citoyen, avec les associations humanitaires, de défense des droits de l’Homme, collectifs, partis et syndicats, est d’ores et déjà envisagé, pour le samedi 21 novembre, sur le Parvis des droits de l’Homme, place du Trocadéro, à Paris.

Motion votée à l’unanimité des élus

 

Publié le : 
Mercredi, 18 Novembre, 2020