Victoire d'un journaliste et de la CFDT contre une discrimination syndicale à France Télévisions

Victoire d'un journaliste et de la CFDT contre une discrimination syndicale à France Télévisions

 

Signalons d'abord l'excellent travail d'enquête mené par nos confrères d'Arrêt Sur Image, publiant un article détaillé sur cette affaire qui court de 2013 à 2020 et vient de trouver son heureux épilogue.

Pierre Bouchenot est journaliste à France3 Orléans, salarié de l'entreprise publique depuis 1980, « entré sous Giscard... ». Il se voit progressivement confier des émissions politiques, domaine qu'il apprécie et où il monte en compétence. Les interviews de personnalités nationales de passage à Orléans, c'est pour lui. Journaliste politique mais aussi responsable syndical à la CFDT, il aura coiffé de nombreuses casquettes : DS, représentant au CCE, au CE, « élu DP la fois où on a battu la CGT », ou encore membre du Conseil national de CFDT Journalistes.

Collègues harcelées

En vrai syndicaliste il n'a pas que sa carrière en tête. C'est ainsi qu'en 2012 il prend la défense de deux collègues femmes se disant victimes de harcèlement de la part d'un rédacteur en chef adjoint. Qui après enquête interne sera licencié.

Cependant cette solidarité semble avoir déplu en haut lieu. En 2013 « Juste avant que je parte en vacances, on m'enlève mes deux émissions : je ne serai plus chargé du politique. Sans me donner aucune raison. J'avais 59 ans. Je suis remplacé par quelqu'un à peu près du même âge ». A cette époque le militant antifa Clément Méric est tué lors d'une altercation avec des skinheads et Pierre participe à une marche en son honneur. « Deux jours après l'annonce de ce retrait, curieuse coïncidence », un site politique ayant repéré sa présence à cette marche y voit un signe de partialité du journaliste et l'accuse sans preuve, de recevoir des cadeaux d'élus écologistes de la Région. C'est la partie émergée d'un climat de pressions de la droite extrême contre lui.

Soutien du SNM

Mais ce n'est pas tout. Devant ces accusations qui mettent en cause sa déontologie professionnelle et qu'il estime diffamatoires, le journaliste veut porter plainte. Son employeur refuse de le suivre et de financer son procès, voyant-là une simple affaire personnelle. Lâché par France TV, le journaliste porte l'affaire aux prudhommes pour discrimination syndicale, avec le soutien de son syndicat CFDT, le SNM (aujourd'hui SNME). « J'ai été aidé dès le début par Patrice Christophe et Thierry Vildary, délégués centraux CFDT à FTV. Ils ont pris ma défense. Et le SNM, dans une période de tensions internes et bien que je fus en désaccord avec lui sur beaucoup de points, a accepté d'être à mes côtés, et a pris en charge tous les frais de justice » souligne Pierre. « Des collègues et un journaliste CGT » témoigneront en sa faveur.

En première instance aux prudhommes ils sont déboutés. Mais pas dégoutés, quoique : « Le juge avait refusé la plaidoirie des deux avocats. J'ai eu le sentiment qu'il n'avait lu que la partie venant de la direction ». Le jugement définitif tombe le 20 février. « Mon avocat, Me Jehanin a fait un travail remarquable. Il bossait pour moi le week-end... Il m'a dit qu'il est très rare que la Cour d'appel revienne sur une décision de première instance ». C'est pourtant le cas, en jugeant que « France 3 ne peut valablement soutenir que c'est uniquement à titre privé que Pierre Bouchenot a été mis en cause dans l'article (…) du site Nouvelles de France ». 2.000 € sont accordés au SNME et 20.000 € au journaliste, depuis peu jeune retraité soulagé: « J'ai retrouvé confiance en la justice de mon pays ».

Pour tenir dans ces situations...

Un point commun 'réunit' Pierre et l'ex- rédacteur en chef adjoint, qui a quitté le métier. Ils sont sur une liste électorale, Pierre chez les écologistes, en dernière position, et l'ancien collègue sur une liste RN du sud de la France.

Ainsi s'achèvent sept années de tensions multiformes au travail : «Ils avaient rédigé un rapport secret sur moi de 13 pages. C'est vrai qu'ils m'ont fait chier » résume le syndicaliste. Qui ne regrette rien, bien au contraire. « J'ai tenu grâce à une vie familiale heureuse et équilibrée, et avec l'aide de mes camarades CFDT. Pour tenir dans ces situations, ce qu'il faut c'est ne pas rester isolé, et s'appuyer sur le collectif ».

T.B.

 

Notre vignette: Au micro et à l'extrême droite, Pierre Bouchenot. Photo J-F Cullafroz

Nota : CFDT-JOURNALISTES est l'union syndicale qui regroupe les journalistes adhérents à la CFDT, qu'ils soient affiliés au SNME ou à l'un des S3C. SNME: Syndicat national des médias et de l'écrit. S3C: Syndicat communication, conseil, culture.

 

Publié le : 
Jeudi, 12 Mars, 2020
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