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Conférence nationale des Métiers du Journalisme

La conférence nationale des métiers du journalisme est une initiative de la Commission Paritaire Nationale de l'Emploi du Journalisme (CNPEJ)  qui fait suite aux Etats Généraux de la presse, et particulièrement aux propositions du groupe Frappat concernant la formation.

La première du nom a réuni à Paris, les 29 et 30 septembre, des représentants de toutes les écoles reconnues, des partenaires sociaux (syndicats de salariés comme patronaux), des représentants d’autres centres de formation, des chercheurs, des étudiants. Et des employés des ministères sous l’égide desquels cette Cnmj était placée, le ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur, le secrétariat d’Etat à de la formation continue et le ministère de la Culture.

Mandatées par l’USJ-CFDT, Marie Brassart-Goerg était présente pour la CPNEJ et en tant que déléguée au conseil d'administration du CUEJ (Centre universitaire d'enseignement du journalisme, Strasbourg), et Isabelle Bordes en tant que déléguée au conseil paritaire de l’IUT de Lannion.

 

Impressions générales :

(selon Marie)  Après un consensus syndicats-patrons autour de l'idée « le journalisme doit rester une profession ouverte », voilà l'apparition d'un nouveau consensus. Il est  plus réaliste et en réaction avec la perte de confiance du public. L'idée est d'exiger un socle de connaissances à tout entrant dans la profession...,comme pour toute coiffeuse ou tout garagiste par exemple..Question: combien de temps faudra-t-il  pour concrétiser cette aspiration,  même portée par une ambiance constructive?

 

(selon Isabelle) : -Une nette volonté d’aboutir à des propositions concrètes (presque trop

volontariste à mon goût, on sentait la nécessité d’obtenir du crédit auprès du ministère !)

 -Des interventions en général passionnantes

- Un manque de temps pour le débat qui a pu donner le sentiment à ceux qui avaient le statut d’invités, et de demandaient qu’à participer, que le club des écoles restait un peu fermé.

 

Deux propositions

Les deux propositions qui ont été soumises aux ministres sont en phase avec ce qu’ils souhaitaient. (Valérie Pécresse a insisté sur la nécessité absolue d’améliorer encore le niveau d’employabilité, autrement dit, de renforcer la professionnalisation, et d’harmoniser toutes les formations à partir d’une base commune. L’idée étant de parvenir à définir un « diplôme de journalisme » qui  soit reconnu par tous, gage d’insertion. Elle a eu l’air de penser que la formation des journalistes était un « maquis ». Quant à Frédéric Mitterrand, il a répété plusieurs fois combien le gouvernement était « à l’écoute » (sic) des journalistes, et combien il tenait à une presse de qualité et indépendante… Important, en revanche : il a jugé que « un code de déontologie est un outil indispensable ».

Ces deux propositions sont :    Rechercher une base référentielle commune pour harmoniser les différentes formations (pour obtenir une habilitation qui serait la même, tant de la part du ministère que des filières reconnues par la profession) ;

                                               Etablir un « permis de conduire » (le mot « passeport » conviendrait bien mieux, sur le fond et dans la forme), qui serait accordé après une formation minimale et a priori obligatoire qui permettrait à tout journaliste de partager un socle de valeurs et de principes commun.

 

Sur les débats

 

Mercredi, plusieurs interventions ont permis d’approfondir la réflexion sur les critères qui définissaient un métier en général. Georges Asseraf a notamment expliqué comment procédait la commission nationale de la certification professionnelle, Pierre Compte a apporté un éclairage à travers la situation des « ingénieurs », Michel Cormier a détaillé comment procédait son Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur » (on a vu par ex. l’importance accordée à la recherche), et Edith Rémond, ancienne directrice de l’IUT de Bordeaux a témoigné de son expérience. Elle a en effet transformé cet IUT en véritable « institut » de journalisme, en faisant passer l’offre de formation du DUT au master. Cela l’a fait s’interroger sur les « savoirs, savoir-faire et compétences » nécessaires, mais aussi sur la question de l’ouverture du métier. « Pour moi, a-t-elle dit, compte tenu du désamour du public à l’égard du journalisme, la priorité est davantage de travailler à une reconnaissance claire d’une compétence particulière pour ce métier. La loi Cressard ne suffit plus, être journaliste aujourd’hui est à haut risque, et plus compliqué qu’autrefois. Il est important que la formation, initiale ou continue, s’en saisisse. » Elle a ouvertement posé la question du nombre d’écoles reconnues, jugeant qu’il ne resterait pas si limité, et encouragé la CPNEJ à associer les écoles à leur réflexion sur l’harmonisation.

Tout cela a permis de remettre en perspective les critères de la CPNEJ qu’avait explicités auparavant Jacqueline (Papet), et de s’interroger sur les différentes politiques des écoles.

 

Jeudi matin, Christine Le Teinturier, chercheuse à l’IFP (Panthéon Sorbonne) a présenté rapidement son étude sur les nouveaux entrants dans le métier (via les chiffres de la CCIJP en 2008, sur une échantillon de 530). Les nouveaux journalistes sont toujours plus diplômés : 72% ont bac+3 et plus, et 50% ont bac+4 ou plus (contre 37% en 1990). Cette tendance est encore plus marquée pour ceux qui sont passés par une des 13 filières reconnues.

Ils viennent pour 90% d’horizons info/com, sciences humaines, lettres (contre 78% en 1990, les scientifiques d’origine ayant quasiment disparu).

Enfin, toutes écoles confondues, ils sont plus de 60% à avoir reçu une formation professionnelle, contre 33% en 1990. A noter le démarrage en force de la filière en alternance (contrats de professionnalisation ou apprentissage : ça représentait presque 9% des nouveaux en 2008)

Mis à part les deux IUT, aucune formation reconnue ne recrute au niveau bac.

Les entrants ont en moyenne 4 expériences professionnelles (6 à 8 pour ceux des 13 écoles).

42% travaillent dans la presse spécialisée, 33% dans l’info de proximité, 22% dans l’info géné nationale (la grande majorité dans l’audiovisuel, la presse écrite généraliste et nationale recrutant à un âge et une expérience beaucoup plus avancés), 3% dans l’info internationale (même remarque).

Un mystère intéressant : 15% des titulaires de la carte 2008 ne l’ont pas renouvelé en 2009 (question de revenus insuffisants ? changement de voie ?…)

 

Le secrétaire général du Parisien, Jacques Lallain, a surpris par un discours très ambitieux et plutôt rare par les temps qui court : il a déclaré que les journalistes devaient avoir du toupet et de l’âme, qu’ils devaient être « des héraults, des Victor Hugo (il a clamé l’obligation pour la presse écrite d’être bien écrite et captivante) et des Justes »… Carrément ! Même si ça fait du bien, il y a eu plusieurs personnes à la pause pour mettre en doute sa sincérité, au moins dans la mise en œuvre de cette politique de recrutement…

Loïc Hervouet (ancien de RFI, et ancien directeur (président ?) de l’ESJ, a fait un plaidoyer aussi vif que pertinent pour que les journalistes se dotent enfin d’un référentiel minimum, tant en termes de structures du métier, de droit (« pour éviter les dérapages les plus criants »), que d’éthique (« pour une conception citoyenne du métier »). Relevant qu’on en parlait (au moins) depuis 1994, il a exhorté l’assemblée à se déterminer au moins sur la nécessité d’une formation (5 à 10 jours) qui serait obligatoire avant d’obtenir la carte, et à en trouver le financement.

Isabelle Menant (de la Direction générale de l’emploi et de la formation) a ensuite fait un bilan des premiers EDEC (engagement de développement de l’emploi et des compétences). Le premier accord pour trois ans a évidemment constaté la révolution que produisait le numérique dans les métiers de la presse (sans « inventer » réellement de nouveaux métiers, a-t-elle remarqué). Les premiers 3000 stagiaires sont pour moitié des journalistes, 21% des cadres, et plus de la moitié ont moins de 45 ans. Problèmes : ce sont les plus grosses entreprises qui jouent le jeu de l’EDEC.

 

Parmi les témoignages intéressants, ceux de deux journalistes (une reporter d’origine roumaine, Iulia Badea, et une pigiste, Delphine Deljurie), mais aussi d’une directrice du syndicat des entreprises du médicament qui a fait une démonstration brillante de la manière  dont ils ont objectivé certains métiers dans ce domaine-là. Les compétences étaient objectivées de manière tellement détaillées et rationnelles qu’on pouvait se demander si c’était souhaitable de catégoriser les savoirs et les compétences des journalistes à ce point…

 

Autre point de vue qui nous a laissés baba : celui d’Ismène Vidal, du groupe Sogedia, qui possède quelque 15 titres, plutôt des hebdos du nord-est, qui emploient en tout 60 journalistes. Pour eux, la révolution numérique s’est traduite il y a deux ans par : « zou, tout le monde en formation pendant 5 jours, et un effort particulier sur la hiérarchie intermédiaire pour bien faire passer les évolutions… Deux ans plus tard, chaque rédaction anime son site web, chaque journaliste met en ligne deux brèves par jour et, par semaine, deux vidéos et un papier spécifique web, la fréquentation des sites augmente de 60% par an (mais on partait de rien…) et la diffusion des hebdos augmente de 2% . Mais si on a beaucoup investi, on n’a encore rien rentabilisé.» Avec un sourire, elle a déclaré que l’offre des écoles, en l’occurrence, n’était plus adaptée aujourd'hui, et que la Sogedia avait donc créé une « web school » fondée sur l’échange de savoirs…

 

Laurent Gérard, président de Médiafor (et au SNJ) a conclu la matinée par un coup de gu…, pour dénoncer la mauvaise grâce des patrons en matière de formation : « on manque dans la presse d’un vrai travail paritaire en profondeur. Il y a 852 entreprises de presse de plus de 10 salariés en France. Et il n’y en a que 300 qui nous envoient leurs bordereaux détaillant leur formation », a-t-il souligné à titre d’exemple.

 

(Nous serions bien intervenues à ce moment-là pour abonder, il suffisait d’évoquer les atermoiements du SPQR en matière de GPEC, mais il n’y avait décidément pas assez de temps pour le débat)

 

 

Jeudi après-midi, le grand débat public, introduit et clos par les ministres, donc, a aussi permis à Pascal Guénée, directeur de l’IPJ de présenter « les 10 défis mondiaux des directeurs d’école de journalisme » tels qu’ils étaient apparus au congrès international de juillet dernier (depuis la qualité du courant à l’équité de la sélection des élèves en passant par l’adaptation de la formation aux nouveaux médias et au questionnement sur « le décalage entre l’enseignement de l’éthique et la pratique professionnelle ».

L’historien Patrick Eveno a retracé l’émergence des écoles professionnelles, faisant apparaître un parallèle entre leur développement et des besoins d’ordre déontologique.

Élargissant le propos à l’international, Anna Mac Kane, de la City university de Londres, a rappelé que c’est l’exigence de qualité qui a mené à créer des diplômes de journalisme en Grande-Bretagne. Elle a insisté sur l’enseignement théorique, aussi bien de l’économie, du droit, que des questions d’éthique, plutôt que sur des apprentissages pratiques. Frédéric Antoine, de l’université de Louvain, s’est appliqué à démontrer que les préconisations de l’Unesco sur un modèle de cursus de journalisme était très clairement anglo-saxon, et a expliqué le contre-modèle présenté par le réseau Théophraste (qui rassemble 10 établissements francophones dans le monde, dont l’ESJ et l’IPJ). (Je (IB) avoue que je suis restée assez fermée à son indignation, qui me semblait plutôt trahir une espèce de combat « francophoniste » d’arrière-garde. Pourtant il mettait en avant une exigence d’ouverture qui aurait dû me convaincre…)

Enfin Denis Ruellan, chercheur à l’IUT de Lannion (et artisan de la filière de formation agréée depuis trois ( ?) ans), a fait plusieurs préconisations : élargir l’offre de formation ;  protéger la socialisation des jeunes journalistes en clarifiant les relations des écoles avec les entreprises (notamment pour ce qui concerne le statuts des stagiaires, « les DRH ne doivent pas chercher dans les écoles des ressources qualifiées à bas prix »…) ; « enseigner mais pas dresser » (le lien fort avec le milieu professionnel peut tendre parfois à formater l’étudiant, équilibre à trouver entre l’académique et le professionnel) ; apprendre à construire une posture critique (cela passe par la recherche sur les médias, pour les étudiants aussi ; et il faut « les plonger dans des situations où ils ont à débattre ») ; etc. Il a aussi alerté sur une évolution qui ne va pas vers la diversité sociale (cf les recrutements au niveau bac+3 minimum dans 8 des 13 filières reconnues ; cf la difficulté d’obtenir des bourses).

 

 

 

Ce qu’on aurait souhaiter apporter au débat

 

Nous (Marie et Isabelle) aurions bien insisté sur quatre points :

-         l’importance de la formation continue, y compris en termes de sensibilisation à la déontologie, tout simplement parce que les manquements que nous observons sont aussi bien le fait des jeunes en CCD qui ne savent pas dire non que des plus anciens, plus intégrés, qui ont la flemme de douter tous les jours, et qu’ils émanent aussi bien des gens passés par les filières reconnues que ceux formés ailleurs

-         l’intérêt pour les établissements de s’adosser à des chercheurs, y compris pour les journalistes (l’intérêt des interventions de Christine Le Teinturier (IFP) et de Denis Ruellan (IUT de Lannion) a encore démontré qu’on avait tout à gagner à mieux connaître nos propres pratiques, et les écoles qui ont à cœur de suivre de près le monde professionnel peuvent trouver auprès des chercheurs des analyses sur le métier d’une hauteur que nous, professionnels, ne pouvant guère fournir, étant le nez dans le guidon.

-         L’idée du passeport (leur « permis de conduire ») nous a semblé intéressante en ce qu’il sensibiliserait tous les journalistes à une déontologie commune. Obligatoire ou facultatif, je ne sais pas. Pour nous, il y aurait moyen de progresser sur ce plan plus rapidement, par exemple en ajoutant sur le formulaire de la demande annuelle de la carte un engagement moral à respecter les règles déontologiques qu’on pourrait contresigner (on signe bien un engagement sur la nature de nos sources de revenus) . Comme une profession de foi annuelle, en somme.  Ce serait déjà un progrès. En tout cas, à l’entrée dans le métier, ça ne suffit pas.

-         La question des bourses a été à peine évoquée, alors que c’est un sujet soulevé dans les Etats-Généraux qui me semblait essentiel : pour le moment, seuls les étudiants des filières publiques peuvent y prétendre (alors que ce sont ces même filières les moins coûteuses à l’inscription), et si on intègre une des filières par équivalence (ex on a déjà un  master de lettres ou d’éco), on ne peut obtenir de bourses. Pour un problème administratif, ç'eût été bien d’en saisir les personnels du ministère qui étaient présents !


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